Khat

Sidéraya

Artiste plasticienne diplômée des Beaux-Arts de Liège, Khat façonne ses œuvres comme un voyage au cœur d’une mémoire retrouvée. Puisant son inspiration dans l’onirisme de Boris Vian et l’audace surréaliste d’Elsa Schiaparelli, elle transforme la matière — qu’elle soit textile ou métallique — en une architecture de l’intime.

Si son souffle vital prend racine dans le tissage et la broderie, Khat déploie aujourd’hui son savoir-faire dans l’espace public et les festivals. Sa démarche évolue vers des installations in situ pensées pour habiller la nature d’une aura mystérieuse. Elle délaisse la dispersion pour la force de la concentration, investissant désormais les arbres de manière fusionnelle. Son œuvre, Sidéraya, témoigne de cette mutation : des mains bioniques en fil de fer et rouages s’entrelacent à l’écorce, créant une symbiose entre la rigueur du métal et la fragilité du végétal.

Dans ses créations festivalières, le détournement est roi. Les fibres oubliées et les napperons anciens rencontrent les plaques métalliques et les mousses végétales. Khat explore ce moment fragile où la technologie devient le terreau du vivant : ses structures, marquées par la rouille, protègent des germinations phosphorescentes qui révèlent une vie lumineuse une fois la nuit tombée. C’est une célébration sauvage et sensible du monde, où l’objet industriel devient un berceau nourricier.

Cette quête de textures — entre l’éclat du fer (Sider) et le rayonnement de la lumière (Raya) — trouve aujourd’hui un nouveau prolongement sur la toile. Khat transpose désormais cet univers poétique et technique vers la peinture, explorant à travers le pinceau les mêmes jeux de contrastes et de résilience qui animent ses installations. Que ce soit par le fil ou par la couleur, sa création reste guidée par une foi profonde en l’acte de donner vie à l’imaginaire.

Marquant un tournant dans ma démarche artistique, Sidéraya délaisse la dispersion de mes collections précédentes (« Mycélium », « Océanides ») pour privilégier la force d’un impact visuel massif. L’installation investit désormais un seul et même arbre, transformant son tronc en un point de focalisation unique où l’œuvre et l’hôte ne font plus qu’un.

L’œuvre se déploie autour du fût comme une colonne protectrice composée de mains bioniques. Façonnées en fil de fer, plaques métalliques et rouages, ces mains portent les stigmates du temps : une rouille naturelle et une mousse végétale qui les intègrent organiquement à l’écorce. Au creux de ce métal vieilli se niche la vie. Ces mains deviennent des berceaux nourriciers pour des graines et de petites pousses d’un blanc pur. À la tombée de la nuit, l’œuvre se métamorphose : les pousses deviennent phosphorescentes, révélant une vie lumineuse et une présence solaire au cœur de la matière brute.

Le nom Sidéraya — fusion du préfixe Sider- (le fer) et du suffixe -raya (l’éclat) — invoque une divinité protectrice. Loin de la froideur industrielle, la technologie s’inscrit ici dans une vision Solarpunk : elle n’est plus une menace, mais un terreau propice à la résilience du vivant. Sidéraya incarne ce moment fragile et poétique où la machine s’efface pour servir la renaissance de la nature, sous la garde bienveillante des astres.